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     [ 1997 / 1998 ] ...............................

       un spectacle de Benoît Bradel
       d’après les frères Grimm, Robert Walser
       et Ghérasim Luca

     réalisé avec Bruno Austin, Thomas Fernier,
   Bertrand Killy, Agathe Laemmel, Daniel Levy, Sylvain  Nahmias, Véronique Rochereau
, Stéphane Bradel, Anne-James Chaton, Tomasz Zarachowicz et Béatrice Joinet

avec
    Ese Brume         Roser Montllo        Pierre-Henri Puente 
           Pascal Tokatlian            Claudia Triozzi                                Toméo Vergès                Tomasz Zarachowicz

 
Entre le conte des frères Grimm, la pièce de Robert Walser et le théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud. Plus qu’un simple concours de beauté, qu’un pied de nez au complexe féérico-touristique de la grande banlieue parisienne, ce spectacle est un voyage au coeur de la forêt sauvage, de l’autre côté du miroir, un rêve en action.

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© Photos : Nicolas Treatt & Bruno Wagner

coproduction Zabraka, La Fonderie / Le Mans, MC 93 Bobigny
coréalisation L’Aire Libre, Théâtre des Bernardines
avec l’aide à la création de Thécif-Conseil Régional d’île de France et la participation du Théâtre Garonne / Toulouse, du théâtre de la Cité Internationale, l’aide au projet de la Drac Ile-de-France, de l’ADAMI et de l’ONDA.


Création : Théâtre Garonne
à Toulouse octobre 1997.
La Fonderie,
Le Mans, du 23 au 25 octobre 1997.
Théâtre de la Cité Internationale,
à Paris, du 7 novembre au 11 décembre 1997.
L’Aire Libre,
à Saint-Jacques de la Lande, du 23 au 25 avril 1998.
Les Bernardines
à Marseille du 12 au 16 mai, 1998.


Une Blanche-Neige dans tous ces états


Et si Blanche-Neige était africaine ? Une noble et hautaine amazone nigériane au port altier qui avance majestueusement sur un curieux pédalier et décoche ses flèches sans crier gare... Ses nains seraient des clowns tristes, un peu sadiques, déjantés aussi, et la méchante reine une idole déchue qui ne maîtrise plus son look de première dame du royaume et se désagrège dans un déconfiture boulimique...
C’est un curieux récit de Blanche-Neige que proposait Benoît Bradel et Zabraka au Théâtre de la Cité Internationale en décembre dernier. Benoît Bradel a choisi l’univers du cirque et son pathétique intrinsèque pour faire surgir des images incongrues, des accords dissonants qui brutalisent l’histoire et l’emportent dans les ornières de l’inconscient. Loin de ramener au ronronnement rassurant du conte, il pulvérise le récit et fait entendre l’entre-deux, le creux psychanalytique.
La comédienne nigériane, Ese Brume, qui prêtait ses traits, sa plastique statuaire et son accent anglophone à l’héroïne était au coeur même de cette déconstruction, brisant les idées reçues et l’imagerie enfantine toute en sucre soufflé qui enrobe traditionnellement ce conte.
Ce sont les images qui construisent et articulent ici la mise en scène, l’en-deçà du texte, ou l’en-dessous et non son hypertrophie exubérante. Benoît Bradel ne rêve pas sur mots, il rêve sur les couleurs et les nombres qui deviennent les notes avec lequelles joue son «septet cruel». Tout se passe comme s’il avait soumis le conte à l’épreuve d’un kaléidoscope aux miroirs déformants. Les personnages se dédoublent, sont tour à tour les uns et les autres, se perdent et se retrouvent, étourdissant le spectateur de leurs harmonies grinçantes et laissant entrevoir l’abîme des cruautés refoulées qu’exacerbe le conte.
Sylvie Chalaye (01 Mars 1998)
 

BRADEL ET LES SEPT NAINS


Avec Blanche-Neige Septet Cruel, le jeune metteur en scène déshabille le conte pour s’attaquer au mythe. Chaud devant.
“Une question que je me pose souvent, c’est que peut-on entendre et voir au théâtre, qui ne soit déjà filtré ? Comment peut-on dire les choses, sans qu’elle raconte tout de suite une histoire ? Comment faire pour qu’elle nous emporte ailleurs ? “ Sans doute, en s’interrogeant ainsi, Benoît Bradel se souvient-il de cette réflexion de Paul Valéry : “ Dès qu’on raconte une histoire, je m’ennuie. “Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuie pas dans Blanche-Neige Septet Cruel, construction spectaculaire à partir de textes des frères Grimm, de Robert Walser, de Ghérasim Luca et Antonin Artaud qui s’acharne à mettre du poil à gratter sur quelques idées reçues et présente une Blanche-Neige, noire comme l’ébène. Plus que d’une pièce à proprement parler, il s’agit d’un montage de séquences qui s’enchaînent comme dans une fugue de rêve autour du conte et de la cruauté. Cela tient de la danse, du cirque, du cabaret, mais derrière la drôlerie perce toujours une dérision menaçante. Comme ce Un jour mon prince viendra qui finit par s’étrangler, tel un os de poulet avalé par mégarde, dans la gorge de la chanteuse.
Comédien depuis l’âge de quinze ans, Benoît Bradel a fait ses armes au Théâtre du Campagnol avant de travailler avec Jean-François Peyret et Jean Jourdheuil. Dès ses premières mises en scène à partir de textes de Gertrude Stein, il privilégie le travail sur le corps, utilisant un minimum de texte. Dans Blanche-Neige Septet Cruel, la langue est souffle, borborygmes, onomatopées… Tels des sentences, les mots traversent le spectacle –“Is it White ?“-, résonnent comme des leïtsmotivs, le percent de part en part, volontairement décalés. “ Il s’agissait de trouver de nouveaux codes, de rester le plus possible dans « la forêt sauvage », pour explorer de nouveaux chemins. Dans le cirque, il y a une dimension de prise de risque en direct. C’est quelque chose qui a pratiquement disparu dans le théâtre et que j’essaie de retrouver. “
Hugues Le Tanneur (novembre 1997)

Blanche-Neige, c’est peut-être cruel. Brisant les codes de la narration classique, Benoît Bradel met à mal la version édulcorée que Walt Disney donna au conte et revient aux origines dont il mélange des fragments avec des auteurs contemporains, Walser, Luca, Artaud. Pas d’”Il était une fois...” ici. Dès le début du spectacle, la scène est noyée dans une lumière rouge sang. Quelques borborygmes, souffles, halètements, les nains apparaissent, sortis de la forêt sauvage de l’imagination. Puis on assiste à une sorte de de danse de mort de la reine, (elles sont en fait deux sur le plateau). Façon d’en finir avec le conte proprement dit pour passer aux choses sérieuses : les tableaux s’enchaînent, l’espace est en perpétuelle transformation. Comme dans un rêve, le spectateur happé par ce petit théâtre de la cruauté, voit flotter devant lui des lambeaux du conte. Un spectacle magique.
Aden (19 novembre 1997)