CRÉATION MARS 2018

INSURRECTION INTENTIONNELLE

Le Red Riding Hood Project réunit deux univers ; celui de Claudine Galea avec tout particulièrement AU BOIS et celui que je développe avec Zabraka depuis plusieurs années. De cette rencontre récente et inédite découlera un voyage théâtral, cinématographique et musical à travers une forêt sauvage et urbaine où la place et le rôle des femmes, du désir et de la liberté sont questionnés joyeusement avec férocité.

Pour écrire AU BOIS, Claudine Galea est partie de l’histoire du Petit Chaperon Rouge. Elle s’en est prestement éloignée pour s’engouffrer avec avidité dans un bois profond où elle brouille les pistes à merveille et convoque les personnages et les situations d’un remake shakespearien pour adulte.

Il y a à l’intérieur et tout autour d’AU BOIS un étonnant concentré des thèmes, ingrédients et objets que nous arpentons et sculptons méthodiquement depuis la création de Zabraka : le rapport à la langue, à la musique, aux figures/personnages, au conte populaire, au cinéma, au voyage initiatique, aux numéros de toutes sortes et à la nature humaine. Tout est là, réunis comme par enchantement, prêt à s’épanouir.

C’est pour cela que nous allons prendre AU BOIS pour créer un spectacle manifeste. Manifeste d’un théâtre qui ose, qui déchire, qui fait rire, qui dérange, un théâtre qui joue avec l’insurrection et l’émancipation.  Un théâtre qui n’a pas peur de prendre de plein fouet la violence et le burlesque des situations.
AU BOIS sonne drôle, AU BOIS sonne dur, émouvant, épique, déconcertant, ne ressemble à rien de connu, parle d’aujourd’hui et d’hier, l’air de rien, en mettant les femmes au centre de l’action et en nous invitant à la plus grande liberté…

Pour AU BOIS, il y a un groupe d’interprètes singuliers, hétérogènes, multiples, de différentes familles proches et lointaines. Quel que soit leur pays d’origine, qu’ils viennent du théâtre, de la danse ou de la musique, ils partagent tous le désir d’un travail choral et protéiforme. Ils seront sept à traverser les figures principales de la pièce. Chacun d’eux s’emparera d’un ou deux personnages au minimum. Permutation, dédoublement, chassé-croisé… tous les coups seront permis. Ils prendront à bras le corps ces questionnements sur l’identité, sur l’éducation, le genre, la place et le rôle que l’on occupe ou joue dans la société.

Dans AU BOIS, il y a ce dialogue permanent entre le théâtre et la musique, à travers différentes formes de chansons et un rapport au texte choral, une invitation au parlé/chanté. Pour mettre en œuvre cette partition, j’ai proposé à Sébastien Martel, chanteur et guitariste, fidèle compagnon de route, de rencontrer Alexandros Markeas, compositeur contemporain, pour qu’ensemble ils inventent les airs, mélodies, brames, complaintes pour l’orchestre imaginaire composé des interprètes du spectacle et pour un groupe d’adolescents qui chantera et criera le chœur de belettes qui sort du Bois, envahit tout l’espace et vient sauver l’héroïne dans un final roboratif qui sonnera tel un puissant Haka.

Dans AU BOIS, il y a des femmes, des hommes, des loups et autres monstres dans un espace organique, à la lisière de la ville nouvelle et de la forêt sauvage, réelle et féérique, brut et imaginaire où circulent des trains fantômes entre des caravanes et un manège abandonné. Avec Clédat et Petitpierre nous tracerons un espace mouvant, situant la pièce dans un parc d’attraction déserté, où la cruauté et l’innocence de La Nuit du Chasseur de Charles Laughton comme celle du Red Riding Hood de Tex Avery ressortiront avec un léger souffle d’épouvante au milieu des décombres d’un cinéma de plein air.

Cet entre-deux entre les vestiges du féerique et une réalité du terrain vague sera propice aux transformations et aux transgressions en tout genre pour un nouveau voyage d’apprentissage où sonne la révolte dans une suite de tableaux crus et colorés. Un théâtre de la cruauté aux airs de musicale comédie qui résonne fortement au fond des bois, en rouge et noir et blanc… pour une expérience revivifiante à tout âge.

 


MODE D’EMPLOI

Dans AU BOIS il y aura sans doute et très probablement
du cinéma hypnotique
un Loup normal et beau
une Mère normale
six chansons féroces
un Chasseur normal et hideux
de la jubilation extrême
une Petite sublime
du trouble émotionnel
le Red Riding Hood
du corps à corps
du goût de l’aventure
un Bois normal et moche
de la sauvagerie qui fait du bien
la Rumeur Public normalement atroce
de la polémique et de la chair fraîche
un hymne à la fronde
du rock’n’roll débridé
des biches, un cerf et d’autres cornus
de l’amour, du cul, du cœur et de la politique
de la transgression et le retour du désir
des pistes brouillées et une fanfare assourdissante
un retournement de situation
des voix merveilleuses
un chœur de belettes
la Nuit du Chasseur
des sentiers qui bifurquent
de la peur de la peur
un rythme effréné et un rire à gorge déployé
de la musique processionnelle
une famine et un gueuleton
des rêves et fantasmes à foison
une complainte et un brame
de la profanation et du suspense
un chant qui renverse tout
de l’émotion, du tragique, de la fureur et de l’émancipation
une chorale d’enfants et d’adolescents
du burlesque et du piment
un haka régénérant
une langue inconnue
PAS DE CHICHIS NI DE SORNETTES
un théâtre de la cruauté…

 

 


CHANSONS (extraits)

Les berceuse, mélodie, brame, complainte, air, hymne sont des chansons. Le chant final est à inventer.

BRAME DU CHASSEUR

Un chasseur chassant chasser sans son chien on l’appelle chasseur ?
Un chasseur sans costume de chasseur peut-on deviner qu’il est là pour chasser ?
Un chasseur sans gibier peut-il chercher sans trouver ?
Un chasseur sans terrain de chasse sait-il en inventer ?

Si la nuit les loups sont partis Si les belettes sont au lit
Chasseur sachant chasser va se coucher

Un chasseur sachant tuer sans permis a-t-il permis de tuer ?
Tout est proie à qui sait attendre Tout est loi à qui fait la sécurité
Petit bois pour pieds grand bottés
Cours belette
Chasseur se tient à la fenêtre
Tient loup en son collimateur et petit pot de beurre

Si la nuit tous les loups sont gris Si les belettes sont sorties
Chasseur à pas de loup
Vient par ici
Chasseur sachant chasser sait
De quel bois se chauffer
Juste en tournant le coin On a tout sous la main

 


PETITE – LOUP
COMPLAINTE DE LA FAIM

Pauvre maman
Rien à se mettre sous la dent
Ni fille Ni
Pauvre maman

Pauvre maman
Les années l’ont croquée
Quarante hivers quarante étés
C’est plié
Rien à mettre dans son lit
Que son déshabillé

Pauvre maman pauvre chérie
Les mamans restent avec les mamans
Lorsque les filles ont déserté

En mal de vous monsieur le loup
Allez donc la visiter
Toc toc toc
Chic chic
CHOC
MIAM MIAMAN

 


RUMEUR PUBLIC
AIR DOMESTIQUE

Les forêts ont été domestiquées
Les animaux ont été domestiqués
Les mers les océans les enfants
NIQUE NIQUE
PAS NOUS PAS LES BRAVES GENS
Braves gens ne sont pas animaux domestiques
NI bêtes de somme QUE NIQUE NIQUE
Têtus comme des bourriques
Comme tiques accrochés à leur statut leur genre leur identité
Niquez qui vous voulez
Nous on se fera pas baiser pas zigouiller
Personne va nous dom dom dominer dom dom domes
TIQUER
TIQUEZ
PAS NOUS PAS LES BRAVES GENS
SAUF MES GENS
TES GENS
NOS GENS
Dans le temps Le bon vieux temps DES CONTES POUR ENFANTS
À coups de trique
Nique que je te nique
Le monde a bien changé
PAS NOUS LES BRAVES GENS
BRAVES GENS NE CHANGENT JAMAIS
JAMAIS

 


BOIS
HYMNE A LA FRONDE

Cygnes Pigeons Canes canards et canetons Poissons Hérons Chouettes Moineaux Fauvettes Mouettes
DOMESTICATION GAVAGE
ASSEZ
Noisettes Fraises Mûres Groseilles Toutes merveilles
ARRACHAGE DÉVORATION
ASSEZ
Pelouses Talus Fossés Sauts-de-loup Fourrés Buissons Coins-pipi et autres violations
ASSEZ
Jardins d’enfants Belettes Petites bêtes Roseraies Lacs Étangs Petits bois Grands bois Vieilles branches Jeunes pousses
EXACTION SUJÉTION HUMILIATION
TERMINÉ
SÉDITION ÉMEUTE INSURRECTION JACQUERIE SOULÈVEMENT FRONDE FRONDE FRONDE FRONDE FRONDE FRONDE FRONDE

 


TÉLÉCHARGEMENT

Dossier de présentation.

 

 

GÉNÉRIQUE

texte Claudine Galea
mise en scène Benoît Bradel

avec Emilie Incerti Formentini,
Raoul Fernandez, Emmanuelle Lafon,
Seb Martel, Séphora Pondi

à l’image Gaël Baron, François Chattot, Valérie Dréville, Norah Krief
et Annie Mercier (sous réserve)

scénographie et costumes Clédat & Petitpierre
lumières Sylvie Garot
musique Alexandros Markeas et Seb Martel
son Thomas Fernier
vidéo Kristelle Paré
assistanat à la mise en scène Maëlle Dequiedt
travail vocal Dalila Khatir
travail corporel Akiko Hasegawa
collaboration à la dramaturgie Pauline Thimonnier
régies Mathilde Chamoux et Marie Bonnemaison

coproduction Zabraka, Théâtre national de Strasbourg, La Colline - théâtre national, Scènes du Golfe - Vannes. Avec le soutien du Théâtre Nouvelle Génération – Lyon et de la MC2: Grenoble.

Zabraka est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication - DRAC de Bretagne, et subventionnée par le Conseil régional de Bretagne et le Conseil départemental du Morbihan.

Claudine Galea est auteure associée au Théâtre national de Strasbourg.

 

Calendrier
. création du 3 au 19 mai 2018, Théâtre de La Colline, Paris
. 17 avril 2018, Scènes du Golfe-Théâtre Anne de Bretagne, Vannes 56